Doug Aitken and the diffuse sounds of life
« La question que je me pose est : Comment faire en sorte que le temps se replie sur lui-même où s’élargisse, afin qu’il ne s’écoule plus sous cette forme étroite » Doug Aitken
Connu pour ses installations vidéos à écrans multiple, DA réalise aussi des performances, des sculptures et des photographies. Il traite des interactions entre l’homme, les médias, l’industrie et le paysage. L’artiste implique le public dans ses œuvres, en le forçant à se déplacer dans l’espace d’exposition mais aussi en l’obligeant à décrypter ce qui se trame, la multiplication des écrans empêchant toute logique linéaire.
Lion d’Or à la biennale de Venise en 1999 pour « Electric Earth », l’œuvre se compose de huit écrans qui mettent en scène un homme traversant un désert urbain de nuit. Des feux clignotants, des enseignes lumineuses, des caméras s’accélèrent au rythme des pas du personnage. Une installation qui évoque avec force le cœur de son travail, la relation entre la nature et notre perception du temps.
DA est en quête de lieux naturels et urbains, chargés d’énergie, d’histoire, d’émotion et il s’inspire souvent de prises de vues documentaires, c’est pourquoi son travail a déjà été qualifié de « land art de l’ère du numérique ». De plus en plus, il quittera l’intérieur des musées pour diffuser son travail à l’extérieur, dans la ville.
Avec Sleepwalkers (2007) on assiste au réveil de 5 personnes, dont les différents écrans projettent en parallèle leurs états d’extase, des attitudes loin de la normalité, qui confèrent aux images un certain onirisme. L’étrange se retrouve également dans Migration (2008) où des motels américains sont investis par des animaux.
Les scènes bien qu’éclatées en différents écrans s’interconnectent, générant des simultanéités et faisant naître une narration multiple, à l’opposé de la narration cinématographique habituelle.
Avec Silent Pavillion (2008) des parois de verres permettent à l’extérieur de refléter l’environnement et l’intérieur consiste en une chambre sourde (anéchoique acoustique) qui devient un espace de contemplation. Pour son Sonic Pavillion (2009), une installation permanente, localisée dans la jungle brésilienne, le concept est inversé. L’espace de contemplation devient un espace d’écoute et les pulsations rythmiques de la terre, retransmises et amplifiées par les enceintes sont puisées par des microphones enfouis dans les profondeurs environnantes. L’idée principale de ces deux concepts, était pour l'artiste de « supprimer un niveau de perception pour en amplifier un autre »
Avec Frontier (2009) l’artiste conçoit, sur le Tibre, à Rome une installation urbaine où Ed Ruscha, devient le personnage d’un film dans lequel il se retrouve capturé dans un espace futuriste, perdu entre fiction et réalité.
Altered Earth (2012) est une installation in situ, dotée de 12 écrans géants qui explorent l’environnement toujours changeant de la Camargue, en France. Les paysages, captés de façon la plus fidèle possible, nous donnent à voir des ruées de chevaux sauvages, des marais salants et une végétation abondante qui se meut sous les forces naturelles du vent et du soleil. Un espace quasi surnaturel, qui n’oublie pas d’évoquer l’empreinte de l’homme par la présence d’un phare ou d’éoliennes. La visée de cette expérience sensorielle, qualifiée également par l’artiste « d’architecture liquide », la projection ayant lieu dans le Hangar du Parc des Ateliers à Arles, relève presque de l'alchimie. La bande son accroît le caractère imaginaire, l’impression d’un décor de science-fiction alors que, c’est le facteur d'imprédictibilité qui domine dans la démarche de l’artiste, il nous invite à nous interroger sur ce qu’est le réel. Une application créée par l’artiste et disponible gratuitement sur l’Appstore permet de continuer l’expérience en instaurant un nouveau rapport à l’œuvre.
DA crée aussi des « text sculptures » qui mélangent des photographies, du texte et parfois de la lumière ; il compose également des mots tel que More, Now ou Movie à partir de miroirs.
L’artiste insiste une nouvelle fois sur l’intime relation de l’individu avec son environnement dans Mirror (2013) où les murs extérieurs du Seattle Art Museum, sont recouverts d’un kaléidoscope vivant, contenant des centaines d'heures de vidéos répondant aux mouvements et à la vie qui environnent le lieu.
Il est également à l’origine d’un projet innovant « Station To Station, a nomadic happening » (2013). Il s’agit d’une performance artistique nomade, sous la forme d’une escapade en train qui traverse les Etats-Unis d’Est en Ouest, de New-York à Oakland. Au total, plus d’une cinquantaine d’artistes, pour la plupart américains, des plasticiens, des musiciens et même des chefs cuisiniers ont pris la route pendant 3 semaines et réalisé des happenings à chacune de leurs escales. Ainsi, 9 lieux dont Chicago, Minneapolis, Santa Fe ou d’autres villes perdues et méconnues comme Winslow dans le désert d’Arizona ou Barstow en Californie se sont vutransformer le temps d’une soirée par un cocktail détonnant d’installations, de performances, de concerts et de cuisine nouvelle. Parmi les plasticiens, on retrouve notamment Urs Fischer et Kenneth Anger qui ont réalisé des yourtes pour y exposer leurs travaux le long des rails. Olafur Eliasson a lui créé une machine à dessiner alimentée par l’énergie cinétique du train et Ed Ruscha a proposé une œuvre comestible, une omelette aux cactus qu’il a servi au public de Winslow. En souhaitant créer un « manifeste culturel moderne », soutenu par le MOMA PS1, les musées des villes traversées et la marque de denim Levi’s, l’œuvre de DA incite à nous interroger : Qui sommes-nous? Où allons-nous? Et aujourd'hui, comment pouvons-nous nous exprimer?»
L'artiste s’empare d’un éventail large de medias et de techniques pour nous plonger dans un monde en suspens, où le temps et l’espace comme la mémoire se métamorphosent en concepts fluides. Son œuvre est une tentative de re-connexion de l’homme avec son environnement. A travers les bruits diffus de la vie et des paysages animés d’une énergie inépuisable, Doug Aitken parvient à fluidifier nos pensées.
« Le rythme qui régit notre existence est produit par des facteurs externes, or il existe aussi un rythme inhérent aux profondeurs de la Terre, plus lent, plus profond. »
ENGLISH TEXT
"The question I ask myself is : how to ensure that the time folds in on itself or widens , so that it no longer flows under this narrow form"
Known for his multiple screens video installations, DA also does performances, sculptures and photographs. It deals with interactions between, human, media, industry and landscape. The artist involves the audience in his work , forcing him to move in the exhibition space but also forcing him to decipher what is going on, the multiplication of screens preventing linear logic.
Golden Lion at the Venice Biennale in 1999 for Electric Earth, the work consists of eight screens that depict a man crossing an urban desert at night. Flashing lights, neon signs and cameras are accelerating following the character’s paces. A installation that strongly evokes the heart of his work, the relationship between nature and our perception of time .
DA is looking for natural and urban places, loaded with energy, history, emotion and he’s often inspired from documentary views, that’s why his work has been described as " land art of the digital age". Increasingly, he leaves the inside of museums to disseminate his work outside, in the city .
With Sleepwalkers (2007) we are witnessing the awakening of 5 people, whose screens projecting in parallel their ecstatic states, attitudes far from normal, which give to the pictures a certain onirism. Strange is also on view in Migration (2008) where American motels are invested by animals.
The pictures, smashed in different screens are interconnected and generates simultaneity that give rise to a multiple narration, away from the usual cinematic storytelling .
In Silent Pavillion (2008) the walls of glass allow the outside to reflect the environment and the interior is an anechoic chamber that becomes a space of contemplation. For his Sonic Pavilion (2009), a permanent installation located in the Brazilian jungle, the concept is reversed. The space of contemplation becomes a listening space and rhythmic pulsations of the earth, are broadcasted and amplified by speakers from microphones embedded in the surrounding depths. The main idea of these two concepts was for the artist to "remove a level of perception to amplify another " .
In Frontier (2009) the artist creates , on the Tiber in Rome, an urban video installation where Ed Ruscha, the character finds himself caught in a futuristic space, lost between fiction and reality.
Altered Earth (2012) is an in situ installation, with 12 giants screens that explore the ever changing environment of the Camargue, in France. Landscapes, captured in the most faithful way possible, give us to see rushes of wild horses, salt blast and abundant vegetation that moves following the natural forces of wind and sun. An almost supernatural space, which does not forget to mention the human footprint with the presence of a lighthouse or aeolian. The aim of this sensory experience, also qualified by the artist as "liquid architecture", the projection taking place in the Hangar, Parc des Ateliers in Arles, is almost alchemy. The soundtrack enhances the imaginary, the impression of a science fiction setting, whereas it is the unpredictability factor that dominates the approach of the artist, he invites us to reflect about the meaning of the real. An application created by the artist and free available on the Appstore allows to continue the experiment by introducing a new relationship to this work.
DA also creates "text sculptures" which mix photographs , texts and sometimes light; it also consists of words such as "More", "Now" or "Movie" from mirrors.
The artist emphasizes once again the intimate relationship between the individual and his environment in Mirror (2013) where the exterior walls of Seattle Art Museum, are covered with a living kaleidoscope, containing hundreds of hours of videos reacting with movements and life that surround the place .
He is also the initiator of an innovative project " Station To Station, a nomadic happening" (2013). It is a nomadic artistic performance, a trip by train that crosses the United States from East to West, from New York to Oakland. In total, more than fifty artists, mostly Americans , visual artists , musicians and even chefs took to the road during three weeks and made happenings at each of their stops. Thus , 9 places including Chicago , Minneapolis, Santa Fe or other lost and unknown cities as Winslow in the Arizona desert or Barstow in California were transformed for an evening by an explosive cocktail of happenings, concerts and new kitchen. The visual artists include Urs Fischer and Kenneth Anger who made yurts to exhibit their work along the rails. Olafur Eliasson has created a drawing machine powered by the kinetic energy of the train and Ed Ruscha has proposed an edible work, a cactus omelette served to the public at Winslow. Wishing to create a " modern cultural manifesto ", supported by the PS1 MOMA , museums of towns they crossed and the denim brand Levi's, the artsit's work encourages us to ask : Who are we? Where are we going ? And today, how do we express ourselves ? "
The artist utilizes a wide array of media and techniques to delve us into a world in suspense, where time and space as memory are transformed into fluid concepts. His work is an attempt to re-connect the man with his environment. Through the diffuse sounds of life and landscapes, animated with inexhaustible energy, Doug Aitken manages to improve the flow of our thoughts.
"The rhythm that governs our existence is produced by external factors , yet there is also an inherent rhythm to the depths of the Earth, slower, deeper. "
![[art saves life]*](https://image.over-blog.com/AqB0X1ZIn6RzcCO5aO6T1riCtLw=/100x100/smart/filters:no_upscale()/image%2F0114897%2F20171016%2Fob_710242_plan-de-travail-1.png)












