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[art saves life]*

Ed Ruscha, "disappear here"

28 Septembre 2012, 17:40pm

Publié par Julie Sem

Ed Ruscha, "disappear here"

L.A. 1960. ER capture l’essence de la ville. Stations services, immeubles, palmiers deviennent les leitmotiv de son œuvre. Il recherche l’horizontalité du paysage et un « non-style » selon ses termes. Sans être réellement documentaires et dépourvues de qualités artistiques, ces images, stéréotypes, retranscrivent des lieux insignifiants, du sud-ouest des Etats-Unis.

Veritable « ready-made », ses photographies contiendront un sujet isolé, uniquement digne de qualité formelle, les clichés seront pris, rapidement, au grè de ses découvertes et constitueront les variations d’un même thème.Il regroupe ses photographies de façon sérielle, entre 1963 et 1978, dans 16 livres qu’il conçoit lui-même ; 12 ont pour thème le paysage ou l’objet, 4 se concentrent sur des évènements. Les sujets, comme la logique sérielle peut faire allusion aux romans-photos et au contexte encore criant de la beat génération. Un dimanche matin, ce sont des photos aériennes de parcs de stationnements vides. La multitude des formes, le cadrage resserré au maximum, la lumière matinale qui réduit les jeux d’ombres et de reliefs pourraient faire de ce bref inventaire, une critique de la société de consommation même si ce n’est pas le propos de l’artiste.

La photographie est aussi un point de départ, elle lui permet d’obtenir des images bidimensionnelles, susceptibles de servir à la préparation de ses peintures :

"La photographie me montrait comment était l’objet une fois mis à plat. Dès lors, je n’avais plus à faire les ajustements d’après nature. D’autres artistes transposent les trois dimensions du monde réel dans une image bidimensionnelle. Cela, la photographie le faisait pour moi."

En 1962, lorsque parait son premier livre, Twentysix Gasoline Stations, son style s’affirme d’emblée : un paysage caractéristique sur un fond coloré uni ou abstrait et l’apposition d’une phrase ou d’un mot. Entendu de façon aléatoire ou même issu d’un rêve, ces courtes phrases, initialement sans importance, en prennent à force qu’il se les répète jusqu’à ce qu’elles trouvent leurs places au sein de son œuvre. Le même processus est appliqué pour ses livres ; ce sont les titres qui lui viennent en premier à l’esprit, il illustre ensuite son propos lors de traversées en voiture, entre Oklahoma city, sa ville d’enfance et Los Angeles.Dans les années 1990, ER réalise des toiles en noir et blanc, sans mots cette fois, mais des bandeaux blancs, comme pour évoquer la censure, mais son style reste intact.

Artiste inclassable, aux multiples techniques, ER d’abord fasciné par la communication -en témoignent ses études de graphiste- erre au cœur de la ville, si bien décrite par Bret Easton Ellis. L.A. est une ville longue et plate se confondant avec le sentiment du vide, celui de notre propre existence. En inscrivant le langage au cœur de ses paysages abstraits, ER nous incite à regarder les mots plus qu’à les lire. Marqué par l’inquiétude, ces œuvres façonnent notre façon de voir comme de penser à la fois notre environnement et nos paroles intérieures.

“Where are we going? I asked him.

I don't know, he said. Just driving.

But this road does not go anywhere, I told him.

That doesn't matter.

What does? I asked, after a little while.

Just that we're on it, dude, he said.” 

Bret Easton Ellis, Less than Zero, 1985
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
Ed Ruscha, "disappear here"
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